La résistance aux antimicrobiens - RAM

La résistance aux antimicrobiens (RAM) est un véritable enjeu de santé publique. Chaque année, 700 000 personnes meurent à travers le monde à cause d’une infection qui n’a pas pu être traitée correctement en raison d’une résistance aux antimicrobiens[1]. L’Organisation mondiale de la Santé estime que d’ici 2050 ce chiffre pourrait monter à 10 millions1, ce qui dépasse les 8,2 millions de vies actuellement perdues à cause du cancer[2]. Au sein de l’Union européenne, la charge économique associée aux infections résistantes aux antibiotiques est estimée à environ 1,5 milliard d'euros par an[3].

Aujourd’hui, tous les scientifiques s’accordent à dire que la résistance aux antimicrobiens est devenue un sujet de préoccupation majeur. Mais de quoi s’agit-il au juste, et comment y remédier ?

Qu’est-ce que la résistance aux antimicrobiens ?

Les antibiotiques sont des médicaments qui traitent et préviennent les infections bactériennes. Avancée majeure du 20e siècle, ils ont révolutionné la médecine. Hélas, près de 100 ans plus tard, cette puissante arme thérapeutique est victime de son succès et voit son efficacité diminuer de façon alarmante.

La résistance aux antimicrobiens (RAM) ou antibiorésistance survient lorsque les bactéries, les virus, les champignons et les parasites évoluent au cours du temps et ne répondent plus aux médicaments, rendant plus complexe le traitement des infections et augmentant le risque de propagation, de forme grave de la maladie et de décès[4].

La cause de la résistance aux antimicrobiens est leur utilisation massive et parfois inadaptée pendant des années chez les humains, mais aussi chez les animaux d’élevage, avec pour conséquence l’émergence de souches résistantes.

Quel est l’impact de la résistance aux antimicrobiens ?

La résistance aux antimicrobiens impacte bon nombre d’aspects de la médecine moderne. Sans antibiotiques efficaces pour prévenir et soigner les infections, tout devient plus risqué : les transplantations d’organes, la chimiothérapie, mais aussi des interventions chirurgicales plus banales[5].

En effet, la résistance aux antimicrobiens a comme principales conséquences le fait que les infections graves (tuberculose, septicémie) deviennent de plus en plus difficiles à traiter, tandis que de petites infections (suites de blessures) pourraient redevenir mortelles.

Le témoignage de John

La pneumonie nosocomiale est un exemple de maladie mortelle qui est devenue plus difficile à traiter à cause de la RAM. Il s’agit d’une infection bactérienne des poumons attrapée durant une hospitalisation. John témoigne de son combat : 

La résistance aux antibiotiques et aux agents antimicrobiens entraîne aussi un recours à des médicaments plus onéreux, des hospitalisations plus longues et des consultations plus fréquentes[6]. Ce tableau est sombre, mais nous pouvons encore l’éclaircir. Comment ? En activant la surveillance de la résistance, à l’échelle individuelle et collective, et en favorisant la prévention par la vaccination.

Comment lutter contre la résistance aux antimicrobiens

Il existe un certain nombre d'outils bien établis pour réduire le fardeau mondial de la RAM : amélioration de l'hygiène, développement de nouvelles classes d'antibiotiques, sensibilisation pour éviter l'utilisation inappropriée d'antibiotiques, mesures de prévention des infections. Il existe en outre une arme efficace, bien qu’encore trop souvent sous-estimée, pour réduire la résistance aux antimicrobiens : la vaccination.

L’importance de la vaccination

Les vaccins sont des outils essentiels et efficaces dans la lutte contre la résistance aux agents antimicrobiens.2 En effet, en entraînant le système immunitaire à reconnaître et à réagir à un agent pathogène, les vaccins peuvent empêcher les infections ou en diminuer la gravité. Ils permettent ainsi indirectement de diminuer le recours aux antibiotiques qui stimulent la résistance bactérienne. 

Même les vaccins qui ciblent les virus  peuvent jouer un rôle important dans la réduction de l'utilisation d'antibiotiques. Les vaccins antigrippaux, par exemple, ne préviennent pas seulement les infections et les maladies grippales, mais diminuent également la probabilité d'infections bactériennes secondaires telles que la pneumonie et l'otite moyenne[2]. Ils évitent aussi des prescriptions inappropriées d'antibiotiques pour les infections des voies respiratoires causées par des agents pathogènes viraux.

Enfin, de nombreux vaccins peuvent protéger les individus non vaccinés ou les sujets qui ne peuvent pas être vaccinés dans une population donnée par un processus appelé l’immunité collective, qui réduit considérablement la maladie dans l'ensemble de la population[2].

Comment agir tous, au quotidien

Même à notre « petite » échelle individuelle[2], nous pouvons contribuer à lutter contre la résistance aux antimicrobiens et à l’antibiorésistance.

  • Ne prendre des antibiotiques que si c’est nécessaire et sur prescription médicale suivie « à la lettre ».
  • S’assurer d’être à jour en termes de vaccination
  • Prévenir les infections pour ne pas avoir à les traiter, en adoptant une bonne hygiène (notamment en se lavant bien et régulièrement les mains)
  • Être conscient de l’importance de la résistance aux antibiotiques comme enjeu de santé et en parler autour de soi !

Antibiotiques : apprendre à démêler le vrai du faux

La lutte collective contre l’antibiorésistance commence par une information correcte. Voici quelques idées répandues à juste titre… ou pas.

1. Les antibiotiques : ça soigne tout !

Faux : ils sont inutiles contre les virus, comme le rhume ou la grippe.

2. C’est notre corps qui devient résistant aux antibiotiques

Faux : c’est le germe qui devient résistant, pas notre corps. Raison pour laquelle certains antibiotiques deviennent inefficaces, même pour ceux qui n’en consomment jamais.

3. Je peux arrêter mon antibiotique dès que je me sens mieux

Faux : se sentir mieux ou une amélioration des symptômes ne signifie pas toujours que l'infection a complètement disparu. Il faut toujours aller au bout du traitement prescrit par le médecin.

4. La résistance aux antibiotiques, cela ne concerne que certains pays

Faux : la société se mondialise, la résistance aux antimicrobiens aussi.

5. Je peux utiliser des antibiotiques prescrits pour quelqu’un d’autre

Faux : un antibiotique bon pour vous ne l’est pas pour votre voisin et vice-versa.

Outre son implication dans des campagnes de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens, Pfizer a également annoncé en 2020 sa contribution à hauteur de 100 millions de dollars à un fonds industriel composé d’une vingtaine de sociétés biopharmaceutiques dédié à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens (« L’AMR Action Fund ») [8]. 

Découvrez dans la vidéo ci-dessous comment se développe la RAM et comment nous pouvez lutter contre la propagation de ce phénomène.

A propos des anti-infectieux

A propos des corticosteroides

Références

[1] https://www.who.int/fr/news/item/29-04-2019-new-report-calls-for-urgent-action-to-avert-antimicrobial-resistance-crisis

2 The role of vaccines in fighting antimicrobial resistance (AMR), Kathrin U. Jansen and Annaliesa S. Anderson, Pfizer Vaccine Research and Development, Pearl River, NY, USA (https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/21645515.2018.1476814)

[3] https://op.europa.eu/webpub/eca/special-reports/amr-18-2019/fr/index.html

[4] https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/antimicrobial-resistance

[5] https://www.oecd.org/health/health-systems/Stemming-the-Superbug-Tide-R%C3%A9sum%C3%A9-Fran%C3%A7ais.pdf

[6] https://cordis.europa.eu/article/id/400927-new-weapons-to-combat-antibiotic-resistance/fr

[7] World Health Organization (WHO). Antibiotic resistance: key facts, 5 February 2018.

Available at: https://www.who.int/news-room/factsheets/detail/antibiotic-resistance Last accessed September 2021.

[8]https://www.pfizer.com/news/press-release/press-release-detail/pfizer-pledges-100-million-new-industry-fund-help-fight